Qui sont les femmes et les hommes qui façonnent l’avenir de l’impression 3D hospitalière ?
Le projet européen Inside 3D réunit des chercheurs, médecins, pharmaciens, ingénieurs et de nombreux autres experts autour d’une ambition commune : développer l’impression 3D hospitalière pour améliorer les soins et la formation médicale.
À travers cette série d’interviews, nous vous invitons à découvrir les partenaires qui font vivre le projet au quotidien. Chacun partage son expertise, son rôle au sein d’Inside 3D et sa vision des opportunités qu’offre l’impression 3D pour l’hôpital de demain.
Aujourd’hui, nous donnons la parole à Théodore Owczarski, chirurgien-dentiste et doctorant, qui travaille sur le développement de modèles dentaires imprimés en 3D pour faire évoluer la formation des étudiants en odontologie.
Peux-tu nous présenter ton rôle au sein du projet Inside 3D et les travaux que tu mènes autour des modèles pédagogiques en odontologie ?
Mon rôle au sein du projet s’inscrit dans le cadre de mon projet doctoral, qui vise à identifier les approches d’exercices précliniques les plus efficaces avec les modèles que nous développons par impression 3D, afin de renforcer les compétences cliniques des étudiants en odontologie.
Ce travail que je mène concerne la conception de modèles dentaires 3D et l’étude de leurs propriétés mécaniques et de leur perception lors de l’utilisation. Je cherche également à déterminer le moment optimal et le volume d’entraînement idéal pour chaque approche, afin de proposer une progression pédagogique fondée sur des données objectives et d’améliorer, à terme, la qualité de la formation des étudiants et des soins qu’ils prodigueront.
En quoi l'impression 3D peut-elle faire évoluer la formation des étudiants en chirurgie dentaire ?
L’impression 3D change vraiment la donne parce qu’elle permet de créer et d’utiliser des modèles pédagogiques personnalisés, à la différence des modèles industriels standardisés qu’on utilisait jusqu’ici. Concrètement, on peut adapter un exercice aux besoins spécifiques d’un étudiant ou d’une promotion entière : faire varier la complexité anatomique, le volume de la pulpe d’une dent (cavité qui contient le « nerf »), ou encore la difficulté d’accès, selon le niveau de progression de chacun.
Cette flexibilité de fabrication permet aussi d’itérer rapidement sur un modèle, de corriger ses défauts et de le faire évoluer en fonction des retours des étudiants et des enseignants. On sort ainsi d’une logique où tout le monde s’entraîne sur le même modèle générique, pour aller vers une pédagogie plus individualisée, capable de cibler précisément les lacunes d’un étudiant ou les objectifs pédagogiques d’un enseignement donné, tout en restant accessibles en termes de coût et de délai de production.
Quels sont les principaux défis lorsqu'on développe un modèle pédagogique destiné à reproduire fidèlement les conditions cliniques ?
Le premier défi concerne la reproduction fidèle de l’anatomie dentaire, car les échelles en jeu sont extrêmement réduites : à l’échelle de la dent, on travaille déjà au millimètre, mais dès qu’on descend dans la chambre pulpaire ou les canaux radiculaires, on se retrouve à une échelle de l’ordre du dixième de millimètre, ce qui pousse les techniques d’impression 3D dans leurs retranchements.
Le second défi porte sur la restitution de la sensation haptique lors de l’utilisation des modèles.
La dent étant le tissu le plus minéralisé du corps humain, avec une dureté et une résistance au forage très spécifiques, il est particulièrement difficile de reproduire fidèlement ce ressenti tactile avec des matériaux imprimés, qui n’ont pas les mêmes propriétés mécaniques que l’émail ou la dentine naturels.
Ces deux contraintes, précision géométrique et fidélité haptique, sont au cœur des difficultés de conception d’un modèle pédagogique réaliste.
Ton expérience clinique influence-t-elle la conception des modèles pédagogiques que tu développes ? Si oui, de quelle manière ?
Oui, clairement. Mon expérience clinique me rend particulièrement vigilant sur la fidélité des modèles que je développe, car je sais concrètement ce qu’un étudiant va rencontrer une fois face à un vrai patient. Cette pratique quotidienne me permet d’identifier les écarts entre un modèle « théorique » et la réalité clinique : la texture des tissus, la difficulté d’accès à certaines zones, les gestes techniques qui posent réellement problème en pratique.
C’est ce regard clinique qui guide les choix de conception, que ce soit pour définir les propriétés mécaniques d’un matériau, calibrer le niveau de difficulté d’un exercice, ou sélectionner les cas anatomiques les plus pertinents à reproduire. Sans cet ancrage clinique, on risquerait de développer des modèles techniquement aboutis mais déconnectés des besoins réels de formation, alors que l’objectif est justement de préparer au mieux les étudiants aux situations qu’ils rencontreront en cabinet.
Le projet Inside 3D est désormais à mi-parcours. Quel moment t’a le plus marqué jusqu'à présent et qu'attends-tu le plus pour la suite ?
Le moment qui m’a le plus marqué, ce sont les séances de travaux pratiques organisées directement avec les étudiants. Voir en direct l’impact de ces exercices sur leur apprentissage, et surtout constater leur intérêt réel et leur engagement face à ces modèles, a été particulièrement gratifiant.
Ça donne du sens à tout le travail de conception en amont : passer des heures à peaufiner un modèle en laboratoire, puis observer les étudiants s’en saisir avec curiosité, poser des questions, progresser concrètement dans leurs gestes, confirme qu’on est sur la bonne voie.
C’est aussi un retour précieux pour la suite du projet, puisque leurs réactions et leurs remarques pendant ces séances nourrissent directement les ajustements à apporter aux prochaines versions des modèles.
Rendez-vous prochainement pour une nouvelle interview de notre série Dans les coulisses d’Inside 3D et une nouvelle rencontre avec celles et ceux qui font avancer l’impression 3D hospitalière.