L’UMONS décrypte l’écosystème et les usages de l’impression 3D à l’hôpital

Partager cette actualité

Dans le cadre du projet européen Inside 3D, l’Université de Mons s’est intéressée à une question simple en apparence, mais décisive pour l’avenir du secteur : comment l’impression 3D prend-elle réellement place dans le monde hospitalier ? Derrière les démonstrations technologiques et les promesses d’innovation, il fallait comprendre qui agit, comment les acteurs se relient, quels usages sont déjà bien installés et quels freins ralentissent encore le passage à grande échelle.

Le travail mené par l’UMONS apporte justement cette lecture d’ensemble. Il ne s’agit pas seulement d’observer des machines, des logiciels ou des objets imprimés, mais de replacer la 3D hospitalière dans un environnement plus large, fait d’entreprises, d’hôpitaux, de centres de recherche, de structures de transfert et d’acteurs associatifs. En d’autres termes, l’enjeu n’est pas uniquement technique. Il est aussi organisationnel, économique, réglementaire et territorial.

Cette approche socio-économique permet de mieux comprendre pourquoi certaines applications se diffusent rapidement alors que d’autres restent à l’état d’expérimentation. Elle montre aussi que l’impression 3D à l’hôpital ne forme pas un univers homogène. Au contraire, elle repose sur plusieurs mondes qui se côtoient, se complètent et, parfois, avancent à des rythmes différents.

Visualisation globale des communautés identifiées dans l’écosystème de l’impression 3D hospitalière.

Une cartographie de l’impression 3D hospitalière qui révèle plusieurs mondes

Pour dresser cette cartographie, les chercheurs ont analysé les liens entre 136 organisations impliquées dans l’impression 3D hospitalière. À partir d’un annuaire de départ, ils ont observé les connexions entre sites web et identifié des regroupements d’acteurs. L’exercice ne prétend pas reconstituer à lui seul les collaborations réelles sur le terrain, mais il offre une photographie précieuse des proximités, des univers de référence et des centres de gravité du secteur. Ce premier test est expérimental et le nombre d’acteurs n’est pas encore arrivé à son terme. Des recherches avancées grâce à des logiciels permettront d’enrichir cette base de données et renforcer les communautés existantes, voir d’en créer de nouvelles. 

Le premier enseignement est net : l’impression 3D hospitalière ne se résume pas à une seule filière. Elle apparaît comme un écosystème structuré autour de plusieurs fonctions complémentaires. On y retrouve d’abord un noyau industriel et technologique, dominé par les entreprises qui conçoivent les machines, les logiciels et les solutions de production. Ce cœur de marché est particulièrement visible autour d’acteurs comme Materialise, qui occupent une place centrale dans le graphe et relient des mondes industriels, logiciels et medtech.

Autour de ce noyau gravite un second ensemble composé d’hôpitaux, de fédérations, de fondations et de structures médico-sociales. Ici, la 3D n’est pas d’abord un produit à vendre, mais une innovation à tester, à évaluer et à intégrer dans les parcours de soin. Ces acteurs représentent les lieux d’adoption, c’est-à-dire les endroits où une technologie peut réellement démontrer son utilité clinique.

Le cluster centré sur Materialise illustre le rôle structurant des acteurs industriels et medtech dans la chaîne de valeur de la fabrication additive.

L’analyse fait également ressortir un ensemble fortement orienté vers le handicap, la rééducation et les aides techniques personnalisées. Dans cet espace, l’impression 3D prend un visage très concret et très humain. Elle sert à adapter, réparer, personnaliser et compenser, souvent à faible coût, au plus près des besoins des usagers. Cela rappelle que la 3D hospitalière ne renvoie pas seulement à des dispositifs sophistiqués ou à des innovations de pointe ; elle peut aussi répondre à des besoins quotidiens, avec une forte dimension sociale et inclusive.

La communauté 2 rassemble les acteurs du handicap et de la rééducation, où l’impression 3D est utilisée pour créer des solutions personnalisées et adaptées aux besoins des patients.

Un autre groupe, particulièrement important pour le projet Inside 3D, concerne les structures de transfert technologique et d’animation territoriale. On y retrouve notamment des centres de recherche appliquée, des universités, des fablabs et des organismes d’accompagnement à l’innovation, localisés en particulier en Wallonie. Leur rôle est moins visible que celui des industriels ou des hôpitaux, mais il est essentiel : ce sont eux qui facilitent la diffusion des compétences, accompagnent les projets collaboratifs et contribuent à faire circuler les technologies d’un acteur à l’autre.

Enfin, un dernier ensemble relève davantage de la deeptech biomédicale. Il associe startups, laboratoires de recherche, universités, structures de valorisation et établissements hospitaliers. C’est dans ce type de configuration que l’on retrouve les applications les plus intensives en recherche, comme la biofabrication, les implants ou certains dispositifs personnalisés à haute valeur ajoutée. Cette partie du paysage rappelle que la 3D à l’hôpital ne relève pas seulement de l’amélioration progressive des pratiques : elle peut aussi porter de véritables ruptures technologiques.

Une lecture territoriale de l’écosystème

Au-delà des graphes, l’UMONS a également réalisé une carte géographique pour situer les acteurs et visualiser leur répartition. Cet outil permet de superposer plusieurs informations et, par exemple, de mettre en évidence les organisations présentes dans l’espace Interreg. Cette dimension cartographique complète utilement l’analyse de réseau : elle montre non seulement qui est connecté à qui, mais aussi comment l’écosystème s’inscrit dans un territoire donné.

Cette lecture spatiale est particulièrement précieuse dans le cadre d’un projet transfrontalier comme Inside 3D. Elle aide à repérer les zones de densité, les proximités régionales, les relais potentiels et les espaces où le transfert de compétences peut être renforcé. Autrement dit, elle donne aux partenaires du projet une vision plus opérationnelle du terrain.

Cartographie géographique des acteurs, avec un focus sur la zone Interreg et la diversité des profils présents dans l’écosystème.

Des usages déjà identifiés, mais pas tous au même stade

Les travaux de l’UMONS ne s’arrêtent pas à la cartographie des acteurs. Ils portent aussi sur les applications concrètes de l’impression 3D dans le secteur hospitalier. Une typologie des usages a ainsi été élaborée, puis reliée à un niveau de maturité technologique à l’aide de l’outil TRL (Technology Readiness Level). Ce travail, nourri par une revue systématique de la littérature et valorisé dans un papier en cours, permet de mieux distinguer ce qui relève déjà de pratiques routinières et ce qui reste encore émergent.

Le constat est nuancé. Oui, l’impression 3D trouve déjà des applications bien réelles à l’hôpital. Mais non, la maturité technique ne garantit pas à elle seule la diffusion. Une solution peut être performante sur le plan technologique et pourtant rester difficile à déployer si elle ne s’insère pas dans un cadre réglementaire clair, dans une organisation adaptée et dans un modèle économique soutenable. C’est là l’un des apports majeurs de l’approche socio-économique : elle rappelle qu’une innovation ne se diffuse jamais uniquement parce qu’elle fonctionne en laboratoire.

Pour les hôpitaux, cette conclusion a des implications très concrètes. Le déploiement de l’impression 3D a davantage de chances de réussir lorsqu’il s’appuie sur une logique de service structuré, avec des usages ciblés, un bénéfice clinique rapidement démontrable et un niveau de risque maîtrisé. En pratique, cela plaide pour une montée en charge progressive, en commençant par les cas les plus simples avant d’envisager les applications les plus complexes.

Le poids du cadre réglementaire

Un autre volet important du travail concerne les freins réglementaires, économiques et organisationnels. Produire ou utiliser des dispositifs imprimés en 3D à l’hôpital ne consiste pas simplement à disposer d’une imprimante et d’un fichier numérique. Il faut aussi répondre à des exigences fortes en matière de qualité, de gestion des risques et, dans certains cas, de biocompatibilité. Les normes internationales constituent ici un cadre de référence incontournable, même lorsque les configurations hospitalières ne s’inscrivent pas exactement dans les modèles industriels classiques.

Les logiciels occupent eux aussi une place centrale dans cette équation. Les outils de segmentation d’images ou de planification chirurgicale virtuelle peuvent être considérés comme des dispositifs médicaux dès lors qu’ils influencent le diagnostic ou la décision clinique. Cette évolution est loin d’être secondaire. Elle signifie que l’essor de la 3D hospitalière va de pair avec des exigences accrues en matière de validation, de documentation et de traçabilité, y compris pour les solutions numériques et, demain, pour certains outils d’intelligence artificielle.

À cela s’ajoutent des questions très concrètes d’environnement de production, de gestion des matériaux, de sécurité et de suivi post-utilisation. Lorsqu’un hôpital fabrique en interne, il doit être capable non seulement de produire, mais aussi de surveiller, documenter, corriger et, si nécessaire, retirer un dispositif. Cette dimension de responsabilité est fondamentale. Elle rappelle que la diffusion de l’impression 3D ne dépend pas seulement de l’envie d’innover, mais aussi de la capacité à installer des procédures robustes.

 

Les recherche de l’UMONS continuent : Vers un outil d’aide à la décision

En rendant visible la structure de l’écosystème, en clarifiant les usages et en identifiant les principaux freins, l’UMONS apporte au projet Inside 3D une base de réflexion particulièrement utile. Les résultats montrent qu’il n’existe pas de diffusion automatique de la technologie. Entre la promesse technique et l’intégration réelle dans les pratiques hospitalières, tout un travail d’alignement doit être mené entre besoins cliniques, compétences disponibles, exigences réglementaires, volumes d’activité et modèle économique.

C’est précisément là que l’analyse socio-économique prend tout son sens. Elle ne remplace pas l’expertise technique, mais elle la complète en posant les bonnes questions : quels acteurs faut-il mobiliser ? Quels usages faut-il prioriser ? À quelles conditions une solution peut-elle devenir durable ? Et dans quels cas l’internalisation a-t-elle réellement du sens par rapport à un recours à des prestataires externes ?

Les prochaines étapes iront dans ce sens. Les chercheurs prévoient d’affiner encore l’analyse des réseaux, d’explorer plus en détail certains écosystèmes d’acteurs privés et de poursuivre l’étude des coûts totaux de possession. À terme, l’objectif est de proposer des outils d’aide à la décision, basés sur les coûts totaux de possession, capables d’orienter les choix des hôpitaux et des partenaires du projet. En cela, les travaux de l’UMONS montrent que la réussite de l’impression 3D hospitalière ne dépend pas uniquement de la technologie. Elle dépend tout autant de la manière dont cette technologie trouve sa place dans un système de santé concret, avec ses contraintes, ses priorités et ses réalités de terrain.

Merci à nos partenaires de l’UMONS pour ce travail d’analyse.

Pour suivre les futures avancées du projet Inside 3D, nous vous invitons à suivre la page LinkedIn Inside 3D :

Ou à vous abonner à notre newsletter :

A lire également